Paroisse Saint-Bruno-les-Chartreux

L'Abbé Pousset et les religieuses de la Sainte Famille.
Sur l'un des piliers d'entrée de la chapelle du sacré Coeur de notre belle église se trouve le coeur de l'abbé Pousset. Nous voulons rappeler ici qui est l'abbé Pousset, nous le faisons en donnant un chapitre du livre "Les églises et chapelles de Lyon" de l'abbé jean-Baptiste martin (1908), que nous proposons au téléchagement dans notre onglet "textes/epub de Saint-Bruno".

Pousset

Parmi les communautés que vit éclore le XIX° siècle dans notre diocèse, il en est une qui par la variété de ses emplois contraste singulièrement avec la vie des anciens ordres religieux où la rigidité du but ne permettait qu'une adaptation très relative aux besoins successifs de la société dans laquelle ils vivaient. Les soeurs de la Sainte-Famille sont à la foi institutrices dans les pensionnats ou dans les simples écoles de hameaux; elles sont hospitalières par le soin des malades; un certain nombre d'entre elles sont chargées du service de la lingerie, de la cuisine, et de l'infirmerie dans les séminaires et collèges, toutes savent se plier à l'emploi qui leur est confié. Leur fondateur est un prêtre lyonnais fort intelligent et dont on va retracer la biographie.

L'abbé Pousset naquit à Cordelles, petite commune des bords de la Loire à quinze kilomètres de Roanne; c'était en 1794, en pleine Terreur. Il fit ses premières études au petit séminaire de Saint-Jodard et vint compléter son éducation philosophique au séminaire de Verrières. Vers la fin de 1814, il entrait au grand séminaire de Lyon. Ordonné prêtre en 1817, il occupa successivement divers postes dans les séminaires de Verrières et d'Alix; enfin en 1823, malgré son jeune âge, il fut nommé à la cure de Saint-Bruno à Lyon.

Il apporta dans ce nouveau poste l'esprit à la fois clairvoyant et religieux qui l'avait fait remarquer ailleurs. Il commença par visiter les principaux habitants de la paroisse pour recueillir des renseignements capables d'éclairer sa conduite et ses relations vis-à-vis des familles. Ce fut au cours de ces visites qu'il conçut l'idée de fonder une communauté douée d'attributions spéciales. Il avait aperçu sur sa paroisse un grand nombre d'ateliers de jeunes ouvrières qui, sans vivre en communauté accomplissaient ensemble des. exercices de piété et suivaient certaine règle dans leur manière de vivre. Mlles Descombes et Piégay, directrices d'un de ces ateliers, heureuses de voir le curé de Saint-Bruno, s'intéresser à l'oeuvre, vinrent le prier de se mettre à leur tête et de les diriger en leur donnant le règlement qu'il jugerait bon pour leur sanctification, tout en leur permettant de continuer leurs divers travaux. M. Pousset accéda à leur demande, leur donna quelques règles, qui, dans son esprit, ne devaient être que provisoires et pour un temps d'essai. Il leur proposa de retracer dans leur vie, partagée entre le travail manuel et les exercices religieux, quelques-unes des vertus de la sainte famille de Nazareth. M. Pousset, craignant de nuire à l'ensemble de son ministère de curé, ne voulut pas tout d'abord se charger de la direction spéciale de la maison Descombes et Piégay, qui, sans être une communauté, en imitait presque la régularité et en exigeait les soins. Ce n'est qu'à la suite d'une neuvaine à Notre-Dame de Fourvière, faite à son insu, par ces demoiselles, sur le conseil d'un bon prêtre, que M. Pousset consentit à entreprendre cette oeuvre. Telle est l'origine historique du nom porté dans la suite par la communauté.

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Quelques mois plus tard, l'abbé Pousset rédigea un nouveau projet de règlement établissant une sorte de noviciat pour cette nouvelle-née qui tiendrait le milieu entre la vie religieuse et l'existence purement séculière; et dès lors, sept des pieuses ouvrières furent regardées comme novices. De ce moment, 1825, date à vrai dire la communauté. À Noël de la même année, eut lieu, pour la première fois, la cérémonie des voeux, et celle de la vêture, car, jusque-là, on n'avait pas encore adopté d'habit particulier. Malgré les critiques et les plaisanteries dont elle fut accueillie tout d'abord, la congrégation naissante se développa promptement et acquit une réputation méritée. Beaucoup d'ouvrières ne tardèrent pas à imiter leurs compagnes et demandèrent à leur tour d'entrer au noviciat. La petite communauté occupait le bâtiment connu à l'époque sous le nom de maison Bourdin: elle dut bientôt chercher ailleurs un édifice plus en rapport avec son accroissement. L'abbé Pousset, qui veillait aux moindres détails, en procura un, situé en face de l'église paroissiale, et dès lors tout sembla modestement prospérer.

Mais l'année 1830, qui fut signalée à Lyon par des désordres graves et sanglants, faillit amener la dispersion et la disparition de la petite société. Si, plus privilégiée que d'autres communautés, celle de la Sainte-Famille put sortir intacte de l'épreuve, elle le dut précisément à sa nouveauté et au peu d'importance qu'elle avait encore aux yeux des hommes, dont beaucoup ignoraient son existence. Le calme succéda bientôt à la tempête, et, quelques années après, la petite communauté se trouvait de nouveau dans un état florissant.

Pourtant, une chose lui manquait encore. Elle existait de fait depuis 1825, époque où les premiers voeux furent prononcés; mais elle ne jouissait pas encore de ce qu'on appelle l'érection canonique, c'est-à-dire qu'elle n'avait ni autorisation, ni approbation des supérieurs hiérarchiques. En 1832, l'abbé Pousset, au cours d'une grave maladie, eut la pensée de solliciter cette érection auprès de Mgr de Pins, administrateur apostolique de Lyon sa crainte était grande de laisser sa communauté sans une autorisation régulière propre à assurer son existence. En conséquence la demande d'érection ainsi qu un abrégé de la règle furent soumis au conseil archiépiscopal. La règle fut admise le 29 novembre 1832; Mgr de Pins donnait sa pleine approbation à la Sainte-Famille de Lyon et l'érigeait en congrégation diocésaine.

Cette société jouissait alors d'un plein développement, au point que Mgr de Forbin-Janson, évêque de Nancy, présidant une cérémonie solennelle de profession, comptait devant lui vingt-trois nouvelles religieuses; ajoutons que cet accroissement n'a cessé d'augmenter. Par suite des événements sociaux et politiques comme aussi pour satisfaire aux besoins des milieux où se trouvaient les soeurs de la Sainte-Famille, celles-ci durent accepter des oeuvres nouvelles non prévues dans le règlement primitif. Aussi, dans le cours des années, la première règle a-t-elle subi diverses transformations: si bien qu'il parut bon au fondateur de la refondre et de la soumettre de nouveau à l'approbation de Mgr de Bonald, archevêque de Lyon: telle est la raison d'être de la nouvelle approbation canonique donnée en 1852.

Dans l'intervalle, en 1840, M. Pousset avait été chargé, par le prélat, du soin de diriger, comme supérieur général, toutes les maisons de la Sainte-Famille, alors au nombre de quatorze, sans compter diverses autres oeuvres soutenues par l'institut, telles, par exemple, que les providences, fondées dans les petites villes du diocèse, où des enfants appartenant à des familles pauvres recevaient une éducation chrétienne et apprenaient un métier. Les désordres qui suivirent l'établissement de la république de 1848 devinrent funestes à la congrégation. On en était venu à persuader aux ouvriers que les providences où leurs propres enfants étaient accueillis par charité étaient nuisibles à leur salaire et qu'il fallait les supprimer. Aussi, aux jours d'émeute, vit-on des troupes d'hommes et d'enfants se ruer sur les providences, saccager les maisons, briser et brûler les métiers, seule ressource de ces asiles. La Sainte-Famille traversa de ce chef une crise terrible et si elle ne succomba point, elle le dut au dévouement et au zèle de M. Pousset, dont l'énergie ranima les courages abattus, remit la règle en vigueur et procura à sa congrégation de nouvelles ressources.

Cette épreuve surmontée, il y eut recrudescence de vie dans la société. On vit se fonder de nouveaux établissements; nombre de fabriques et d'usines demandèrent des soeurs de la Sainte-Famille pour diriger et surveiller leurs ouvrières: ces ateliers devenaient, pour ainsi dire, autant de succursales de la congrégation, puisque la règle de la maison-mère y était appliquée, avec toutefois les modifications nécessaires. D'autre part, de petites communautés privées demandaient à se réunir à la congrégation. En voici un exemple entre plusieurs. Mme Sanlaville, qui appartenait à une des familles les plus honorables de Beaujeu, avait réuni autour d'elle quelques orphelines auxquelles elle s'efforçait de communiquer les sentiments généreux qui l'animaient. Pour donner plus de consistance à son oeuvre, elle s'adressa au fondateur de la Sainte-Famille et lui manifesta le désir d'entrer dans la congrégation avec sa petite troupe; sa demande fut agréée, et plus tard, sous le nom de soeur Saint-Vincent de Paul, elle dirigea, en qualité de supérieure, la communauté où elle avait fait profession.

L'année 1856 marque une date importante dans l'histoire de l'institut. Par décret impérial rendu au palais de Saint-Cloud et portant la date du 17 novembre, la Sainte-Famille devint congrégation autorisée et acquit désormais une existence officielle. L'année suivante, la maison-mère quitta la demeure, trop étroite, qu'elle occupait aux Chartreux et vint s'établir dans une propriété, sur la colline dominant la presqu'île Perrache. Le nouveau local présentait une situation plus commode et des conditions plus hygiéniques. Aussi le noviciat et surtout le pensionnat purent-ils s'y développer largement. M. Pousset qui avait contribué à la fondation de nombreuses maisons de la Sainte-Famille n'avait pas voulu que son pays natal en fût privé. Dès les premières années de la société, il prit soin d'établir à Cordelles un essaim de la congrégation, dirigé, plus tard, par le propre frère de M. Pousset, en qualité d'aumônier. Dans cette paroisse les soeurs fondèrent une école de filles et un orphelinat d'où sortirent de nombreuses vocations religieuses. L'institut, dès lors en pleine maturité, étendait son champ au delà du diocèse: en 1883, l'année même de la mort du fondateur, la Sainte-Famille établit une communauté à Notre-Dame de Rochefort au diocèse de Nîmes, et deux ans plus tard, elle pouvait compter plus de quarante établissements répandus dans les grandes villes comme dans les modestes villages. Sans doute, les lois néfastes dirigées contre les congrégations enseignantes ont apporté le trouble et ont fermé bien des maisons, mais déjà il s'est constitué de nouvelles oeuvres, les religieuses se sont munies de brevets hospitaliers et, somme toute, le bien se fera à nouveau, quoique sous une autre forme.

Le bâtiment occupé par les soeurs de la Sainte-Famille, 10, avenue Vailloud, quartier Saint-Irénée, fut construit par le docteur Millet qui y fonda un institut hydrothérapique. L'antiquaire lyonnais bien connu, M. François Morel, a bien voulu nous communiquer une curieuse estampe, gravée à l'occasion de la pose de la première pierre. On y apprend que l'institut de M. Millet ayant fait de mauvaises affaires, son immeuble fut acheté par les religieuses de la Sainte-Famille qui y installèrent leur maison-mère. Elles agrandirent l'édifice, et réparèrent magnifiquement la chapelle. Celle-ci occupe le centre du bâtiment; elle est située au premier étage et on y accède par un large escalier. Dans le choeur semi-circulaire se trouvent deux statues du Sacré-Coeur et Notre-Dame des Sept-Douleurs.

L'autel de pierre est décoré d'un bas-relief représentant deux colombes se désaltérant dans le calice divin. La nef est de style roman, on y a placé deux autels dédiés à la Vierge et à saint Joseph. De plus, contre le mur de gauche se trouve une statue de Notre-Dame de Lourdes, et, au-dessus de la porte d'entrée, une peinture représentant la Sainte-Famille. La chapelle est largement éclairée par des vitraux rappelant le motif de la Sainte-Famille sous ses trois phases: la naissance de Jésus, son adolescence, la mort de saint Joseph. Il reste à signaler près de la porte d'entrée une niche creusée dans la muraille et fermée par une plaque sur laquelle on lit: « Ici repose le coeur de notre vénéré père et fondateur Pierre Pousset, ancien curé de Saint-Bruno, chanoine d'honneur de la Primatiale, décédé en notre maison-mère, le 22 mai 1883, à l'âge de 89 ans. »

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